J’ai fait la nuit des copistes…

… au musée des Beaux-arts de Dole, et c’était la seconde fois.

Le principe de la nuit des copistes est assez simple : le musée invite les artistes à déposer tables et chevalets dans le musée pour y copier une oeuvre de leur choix. Il suffi de s’inscrire auprès du musée un peu avant et de faire le choix d’une oeuvre. Il n’y aura que 2 artistes au maximum par oeuvre afin d’éviter les embouteillages et garantir un minimum de place à chacun.

Comme cette année, nous avons la chance d’avoir les oeuvres de Jules Adler en exposition temporaire (mon article sur le sujet ici). J’avais particulièrement apprécié cet artiste et c’est tout naturellement que j’ai choisi de poser mon chevalet devant l’une de ses oeuvres. Mon choix c’était tout d’abord porté sur Les fumées… J’avais envie de me confronter à cette ambiance et de retranscrire ces volutes de fumée à l’aquarelle.

 

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Les fumées, Jules Adler Désolée pour la photo, je n’ai pas trouvé mieux…

 

Mais le sort en a décidé autrement puisque 2 artistes avaient déjà fait ce choix avant moi. J’ai donc dû changer mon fusil (pinceau) d’épaule (de main). Et sincèrement, je ne regrette pas car je pense que représenter la grille ne m’aurait pas amusé très longtemps. Les lignes droites, ce n’est pas mon fort…

Au final, j’ai reporté mon choix sur L’homme à la blouse. Ce portrait en pied m’avait fait une forte impression lors de ma visite, je l’avais même classé parmi mes 2 oeuvres préférées de l’exposition. Il est évident que ce choix induit une certaine prise de risque, quand on se confronte à un portrait aussi intense et qu’on le réinterprète à l’aquarelle, et en public…

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L’homme à la blouse, Jules Adler

Voici (après coup, c’était sur le moment plus ou moins conscient), les écueils qu’il me fallait éviter et comment j’ai je les ai gérés :

  • La ressemblance – qui dit portrait, dit ressemblance. Il me fallait bien sûr arriver à saisir les traits et l’expression du visage de ce vieil homme. J’ai pour cela crayonné rapidement le visage avant le jour J afin de mieux saisir la ressemblance. Le temps de travail ici doit être ajusté en fonction du résultat, j’admets avoir une relative facilité avec les portraits. Mais si je n’avais pas fait cette étude préalable, je sais que j’aurais eu plus de difficulté. J’insiste sur ce point, car j’ai tendance à zapper cette étape préparatoire et c’est souvent dommageable…
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Etude de L’homme à la blouse, d’après Jules Adler. C. Lecuret

  • Les proportions – ce portrait en pied est une composition assez simple et directe. Le personnage debout au centre et quelques lignes horizontales et verticales qui viennent souligner et asseoir -si je puis dire- la posture de l’homme. Je ne voulais pas me retrouver avec un personnage tout petit, perdu dans son environnement ou à l’inverse qu’il soit sur-dimensionné et perdre cette composition efficace. Là, il n’y a pas de mystère. Cela nécessite une bonne observation et un dessin juste. J’ai donc pris quelques mesures, bras tendu et crayon à la main pour éviter les ennuis.
  • Gérer le temps – vous l’aurez compris, cette nuit des copistes est un événement unique dans l’année. Cela fait partie du challenge de terminer l’oeuvre dans le temps imparti (soit de 17h à 23h), même si l’équipe du musée peut nous accueillir à d’autres moments. De mon côté, je suis arrivée vers 18h et j’ai fait une pause pour manger d’une heure environ. J’avais donc 4 heures de temps de travail pour moi. Le risque (et cela m’est arrivé l’année dernière) est de se précipiter et de ne pas suffisamment prendre de recul sur le travail du dessin avant de se lancer dans la couleur. Et là, aquarelle oblige, impossible de reprendre et corriger les erreurs de dessin. L’étape de dessin terminée, il faut donc souffler, faire un petit tour et valider le travail avant de prendre les pinceaux.
  • Gérer la lumière – cette oeuvre est assez sombre mais comporte une belle lumière rasante avec des éclats jaune orangés qui sont une grande part de la beauté du tableau. Bref, là aussi il ne faut pas se louper et encore une fois, à l’aquarelle tout cela se réfléchi en amont. Car une fois les zones recouvertes, impossible d’y revenir (ou presque… ). J’avais donc décidé d’assurer le coup en prenant du drawing gum et en protégeant quelques éclats de lumière importants.
  • Les aplats de couleur – comme je vous l’ai déjà dit, la composition est simple et efficace. Le fond est simplissime et est quasiment constitué d’aplats. Sauf que là aussi, il vaut mieux ne pas se planter ou le simplissime devient nullissime… Bref, j’avais un peu peur qu’à l’aquarelle cette grande étendue soit difficilement gérable. Il faut « tourner » autour du personnage, humidifier la zone au préalable, traiter toute la zone d’un seul jet pour ne pas avoir de traces de démarcation… bref, j’ai préféré assurer le coup là aussi en limitant le format et donc en évitant que la surface de fond à traiter ne soit trop grande.
  • Gérer le matériel – l’installation matérielle est importante également car il faut tenir le coup pendant ces heures de travail. Bien-sûr, il faut avoir bien préparé son matériel de peinture au préalable, chevalet, table pour poser palette, pinceaux et pot d’eau. Une petite bâche de protection du sol est en outre demandée par le musée. Une bonne préparation matérielle permet ensuite d’avoir l’esprit tranquille et rester concentré sur son travail.
  • La concentration – justement, parlons de la concentration… Si vous n’aimez pas peindre en public, répondre à des commentaires ou être dérangés, ben… évitez. J’ai assez de facilité pour rester dans ma bulle, ce qui me permet de garder un bon niveau de concentration. Je n’ai pas vu/regardé les trois quarts des personnes qui passaient -ou ce n’est pas monté jusqu’à mon cerveau déjà occupé. Non, les femmes ne sont pas toujours capables de faire plusieurs choses à la fois… :). D’autant que mes deux filles étaient aussi présentes, qu’elles aussi avaient envie de participer et que j’ai dû gérer de ce côté là (un peu seulement, mon mari étant heureusement dans les parages).

Au final, je suis assez contente de mon travail de copiste. Le personnage est « venu » assez facilement et je n’ai pas eu à faire trop de repentirs, ce qui permet d’avoir une aquarelle assez fraîche. Cela n’avait pas du tout été le cas l’année dernière avec ma copie de La voyante de Courbet. Bref, je suis sûre que vous voulez voir ce que tout cela a donné :

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L’homme à la blouse, aquarelle, C. Lecuret. D’après Jules Adler.

Petite auto-critique de mon travail :

  • la forme des chaussures est un peu aléatoire, que dire de la poignée de la porte… Hum.
  • Le fond est beaucoup moins intense en couleur et en valeur que l’original. C’est en partie lié au fait que j’ai travaillé à l’aquarelle, mais j’aurais pu/dû monter en intensité. Si je l’avais fait, le personnage aurait pu être plus lié au fond et moins se détacher. Le travail sur la lumière y aurait gagné car j’aurais eu plus de contrastes sombre/clair. Mais j’ai manqué de temps pour le modifier et la prise de risque de revenir sur le fond n’en valait pas forcément la chandelle.
  • Je ne suis décidément pas copine avec les lignes droites. Tout est fait à main levée et cela se voit, avec le montant de la porte qui part un peu en vrille au dessus du personnage. Après coup, je me dit que j’aurais dû travailler avec du ruban adhésif qui m’aurait garanti une ligne bien droite et m’aurait aussi permis un gain de temps dans l’exécution et la gestion du mouillé.

Ce que j’aime le plus… le rendu de la blouse…

Je rajoute quelques liens vers des réseaux sociaux où vous pourrez trouver photos et vidéos de l’événement.

Par contre, je déconseille vivement à quiconque de faire la nuit des copistes avec de jeunes enfants à vos côtés. Non pas qu’ils soient turbulents ou difficile à gérer… mais plutôt qu’ils prennent l’attention des visiteurs et photographes qui s’extasient sur leurs dessins et leur trombine et ce qui vous rend pour le moins transparents 🙂 Mes filles sont bien plus présentes que moi sur les différents médias relatant l’événement… pff, pourtant, je vous assure que je me suis bien appliquée !!!

 


 

 

Vidéo sur le Facebook du musée – on y dit que les participants ont évité de se mesurer à Jules Adler, tout en filmant des gens qui dessinent du Jules Adler… Et la question de l’évitement des grands format est à mon sens évidente… en 6 heures de temps, c’est juste impossible…

Des photos, et là aussi.

 

 

 

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